L'attraction chimique : pourquoi les moustiques sont attirés par certaines personnes, et pas par d'autres.

L’attraction chimique : pourquoi les moustiques sont attirés par certaines personnes, et pas par d’autres.

Moustique 1source: The Conversation

Quiconque a déjà été camper ou en randonnée avec ses amis a probablement remarqué que les insectes préfèrent s’attaquer à la peau de certaines personnes plutôt qu’à d’autres. Les plus malchanceux sont ainsi totalement couverts de boutons qui démangent, tandis que d’autres sont totalement épargnés. Parfois, seuls les membres d’une famille sont attaqués. Ma mère n’a jamais été mordue par un moustique (les puces l’adorent, cependant), mais mon frère et moi en sommes les cibles privilégiées.

Selon les scientifiques, les moustiques préfèrent les personnes au physique plus conséquent (qui produisent donc plus de CO2), les buveurs de bière et les femmes enceintes ; par ailleurs, bien que le régime alimentaire ait longtemps été suspecté d’être un facteur déterminant, rien de ce que nous pouvons avaler (pas même l’ail) n’a réellement d’importance.

Heureusement, les auteurs d’une nouvelle étude publiée dans PLOS One affirment avoir résolu ce mystère. Ils ont ainsi étudié par quelle odeur épidermique les moustiques (en particulier les Aedes aegypti) étaient le plus attiré, au sein d’un échantillon courageux de vraies et de fausses jumelles. S’ils ont utilisé des vraies et fausses jumelles, c’était afin de distinguer l’effet de l’inné de celui de l’acquis (l’effet des gênes de celui de l’environnement). C’est en effet le seul moyen, chez les humains, d’évaluer correctement l’impact du patrimoine génétique sur les différences et ressemblances entre les individus.

Moustique 2

Nos jumelles courageuses ont ainsi placé leurs mains dans des dômes en plexiglas étanches, construits sur mesure, et dans lesquels des odeurs attiraient ou repoussaient une vingtaine de moustiques femelles (néanmoins incapables de piquer). Chaque participante a alors reçu une note d' »attirance » pour chaque main, en fonction des résultats sur les moustiques. Sans surprise, les vraies jumelles (qui ont en commun leurs gênes) ont obtenu des résultats globalement similaires, et nettement plus proches entre elles qu’entre les fausses jumelles : visiblement, la génétique joue donc ici un rôle prépondérant. Selon cette comparaison, 67% de l’héritabilité – les différences entre les individus – dépend de la génétique.

Chassez-les avec l’odeur

Comment expliquer cela ? Il y a de nombreuses années, durant une autre étude similaire sur des jumeaux, nous avions mis en évidence le fait que l’odeur des aisselles, telle qu’elle est perçue par un testeur humain, dépend fortement de la génétique, et que l’intensité de la perception des odeurs fortes varie tout autant en fonction des gênes. Autrement dit, nos gênes contrôlent les odeurs que nous percevons, et les odeurs chimiques que nous émettons. Nous sommes ainsi très semblables aux moustiques, qui eux aussi connaissent de grandes variations parmi les odeurs et les molécules qui les attirent ou les repoussent.

Certains moustiques préfèrent certaines zones de notre corps à d’autres. Les Aedes Gambiae préfèrent ainsi l’odeur de nos mains et de nos pieds au reste de notre corps. Certains animaux utilisent ainsi leurs odeurs corporelles pour repousser les insectes, et bien évidemment, des entreprises tentent désormais de dénicher la molécule chimique la plus efficace dans ces situations.

Les responsables de l’étude portant sur les jumelles ont ainsi découvert que les odeurs pouvaient aussi bien provenir des glandes présentes sur notre peau que des milliards de microbes à sa surface. Initialement, ils avaient cependant mis de côté les bactéries, car le consensus scientifique était que les bactéries ne pouvaient pas être influencées génétiquement. Mais visiblement, ils avaient tort.

Vos propres microbes rien qu’à vous.

Nous hébergeons tous des espèces microbiennes très différentes dans notre bouche, dans nos intestins, et sur notre peau. Nous ne partageons en effet qu’une faible partie de nos microbes les uns avec les autres, tout en conservant une signature microbienne unique en son genre. Très longtemps, les scientifiques ont cru que cette diversité microbienne était aléatoire, ou dépendait de notre lieu de vie. Mais depuis peu, grâce à des jumeaux anglais, nous savons que le type de flore bactérienne que nous abritons dans nos entrailles dépend fortement de nos gênes, et qu’il en va probablement de même pour notre peau.

Nous avons en effet dix fois moins de cellules dans notre organisme que de microbes (qui se chiffrent à 100 milliards), et visiblement, nous ne choisissons pas ces derniers, puisque c’est l’inverse qui se produit en fonction de notre patrimoine génétique. Ce qui veut dire qu’à l’instar des moustiques, certains microbes se trouvent très bien en notre sein, tandis que d’autres nous trouvent repoussants, et préfèrent s’enfuir.

Nos microbes produisent bon nombre des vitamines et des molécules de notre sang, et loin d’être néfaste, leur diversité contribue à notre bonne santé. Malheureusement, ils sont aussi responsables de la plupart de nos odeurs plus ou moins agréables. Car même un bon lavage de mains ne fait pas disparaître ces bactéries.

Moustique 3

Par exemple, l’odeur étrange que nous avons tous entre les orteils provient d’une bactérie nommée Brevibacteria Linens. C’est la même bactérie que celle que l’on peut trouver dans le fromage Limburger, et qui lui donne son odeur si particulière.

Pour prouver que les espèces bactériennes sont identiques où qu’elles se développent, une équipe de microbiologistes de l’UCLA a décidé de faire une expérience très inhabituelle. Ils ont entrepris de fabriquer du fromage à partir des bactéries vivant sur la peau humaine, et de le manger : apparemment, ce fromage de nombril était parfaitement comestible.

Ainsi, la prochaine fois que vous serez piqué à la cheville par un moustique, ne maudissez pas votre manque de chance, ou votre anti-moustiques défaillant. À la place, dites-vous que cette piqûre est l’aboutissement d’un processus évolutif formidable, qui a fait qu’un type de microbes très particulier s’est développé sur votre peau grâce à vos gênes, et a produit une odeur spéciale, que seule une espère unique de moustiques trouve attirante.