Ce à quoi ressemble la normalité. Lettre ouverte d'une maman aux mères au foyer "parfaites".

Ce à quoi ressemble la normalité. Lettre ouverte d’une maman aux mères au foyer « parfaites ».

source: huffpost

« Oh, tu ne peux pas passer. » disent les autres mères. « Ma maison est en désordre. » Chaque fois que j’arrive pour déposer mon fils, avant même un bonjour, c’est : « Ne me juge pas, mais ma maison est un champ de bataille. Non, je te promets, c’est un capharnaüm. Ne regarde pas. J’ai tellement honte. »

Mensonges. Mensonges, mensonges, mensonges.

Parce qu’à chaque fois que je rentre dans cette maison, celle qui appartient à la mère qui se confond en excuses au sujet de sa cuisine, des jouets dans le salon, ou de la saleté invisible des toilettes, j’hésite entre lui rire au nez, ou la gifler.

Franchement, ma grande. Non seulement ta maison n’est pas en désordre, elle est en fait impeccable. Tu as des serviettes fraîches toutes prêtes. Les jouets de tes enfants sont tous sur un tapis impeccable, sans la moindre miette. Les gobelets restent dans la cuisine. Pas la moindre trace de pâte à modeler, ou de poils de chien.

Insister à ce point sur la saleté supposée de ta maison est indicateur d’un problème mental, de ta mécomprehension des enfants, de ton désir de me faire me sentir coupable, ou peut-être d’un besoin pathologique d’être rassurée. Ou même toutes les options ci-dessus. Franchement, arrête.

À cause des enfants, des chiens, de la vie ou d’un manque de temps, ce genre de propreté parfaite est impossible à atteindre ; aussi, pour toutes celles qui pensent que leur demeure parfaite est une poubelle, ou qui refusent que l’on mette un pied dans leur domicile, il est temps de rappeler quelques principes. Vous pouvez soit avoir des enfants, soit avoir honte ; moi, j’ai trois garçons de moins de cinq ans.

Ce qui est normal : au moins une pièce de votre maison est toujours en désordre, et ne sera jamais rangée.

Chez moi, c’est la salle à manger, remplie par les meubles en cerisier de mon arrière-grand-mère, dont un buffet et un vaisselier. Je fais de la couture sur la table, et je range des fournitures un peu partout, entre le tableau de chasse et le casier à vin. J’ai des casiers empilés partout, des paillettes à côté de la machine à coudre, et parfois des rails de train miniature sous la table. Et le cerisier est, pour le moment, totalement invisible. Parfois, pour des fêtes nécessitant l’usage de la porcelaine, je nettoie un peu. Mais sinon, Mme la Juge, vous n’avez pas le droit d’y entrer.

Tant que le linge est propre, tout va bien.

Ce qui est normal : que votre linge traîne partout.

Chez moi, j’ai : cinq paniers de linge propre dans la buanderie (qui bloquent l’accès au second réfrigérateur, et sont probablement un danger d’incendie), un panier dans la chambre principale, une charge dans le sèche-linge, et une dans la machine. Aucune trace de linge sale. Cette semaine, nous sommes des héros de la lessive ! Est-ce que ces paniers de linge seront pliés, ou mieux encore, rangés ? Peut-être.Je le sens bien, ces jours-ci. Mais il fut un temps où l’un des mes proches, que je ne nommerai pas, a dû cacher le cadeau de Noël de ses enfants – un serpent – pendant deux semaines complètes. Elle l’a mis sous ses piles de linge, dans sa chambre. C’est elle, la véritable héroïne du linge, mesdames.

Ce qui est normal : votre évier déborde de vaisselle, votre lave-linge est plein de vaisselle, votre table et votre plan de travail sont recouverts de vaisselle, et vous ne parvenez pas à trouver une cuillère propre.

Alors vous vous rabattez sur une cuillère à café pour manger vos céréales. Par contre, lorsque vous passerez à la grande cuillère à soupe, ou pire, à la cuillère à dents inutilisée et qui traîne au fond de votre placard, pensez à faire la vaisselle. Ne serait-ce que pour fournir des assiettes aux enfants, lors du repas.

Ce qui est normal 1

Ce qui est normal : les jouets de bain de vos enfants sont toujours dans la baignoire vidée.

Ne tirez pas ce rideau de douche. Tout le monde sait ce qui se trouve derrière.

Ce qui est normal : des jouets un peu partout dans la maison, et malgré vos ordres, vos prières, ou vos tentatives de négociation, il en reste toujours quelque part.

Histoire vraie : j’ai retrouvé les balles de piscine à balles dans mon lave-linge, sur ma pelouse, et entre les sièges de la voiture. Idem avec les Duplos, confisqués par mes soins pour une raison assez discutable, et avec les figurines Star Wars. Si je viens chez vous et que je remarque des petits soldats coincés derrière les toilettes, je ne dirai rien.

Ce qui est normal : des gobelets, des gobelets, et des gobelets. Partout. Tout le temps.

Bizarrement, dans les années 80, nous ne mourions pas de soif lorsque ma mère nous interdisait de sortir de la cuisine avec un verre de Fanta. Mais apparemment, en 2014, les enfants risquent de se déshydrater s’ils n’ont pas constamment un gobelet de jus de fruit en main. Sauf qu’ils les laissent trainer partout, et en demandent de nouveaux. Et maintenant, ils regardent leurs verres, demandent si c’est vraiment bon, et en boivent une gorgée. Les vôtres le font aussi. Ne mentez pas.

Ce qui est normal : des dégâts artistiques.

Ma baignoire a des tâches de teinture possiblement/probablement/malheureusement indélébiles. Je dois repeindre le mur de la cuisine, car… devinez qui a laissé ses nourrissons utiliser ses feutres ? C’est moi ! Au minimum, votre bébé a écrit sur le mur avec un stylo, et vous n’avez pas encore eu le temps d’effacer son chef-d’oeuvre…

Ce qui est normal : vous ne voyez plus le plancher de votre voiture.

Si ce n’est là, où est-ce que vous êtes supposée jeter ces emballages de McDonald’s ? Ou bien les couches superflues ? Ou les gobelets vides ? Franchement. Votre mari vous le reproche certainement.

Ce qui est normal : vous avez encore oublié de sortir les poubelles.

Votre poubelle déborde, votre caisse à bouteilles donne l’impression qu’un alcoolique vit chez vous, autrement dit : cela fait deux semaines que vous oubliez de sortir les poubelles. Pas grave. Tant que les poubelles ne sont plus à l’intérieur, vous êtes gagnante ! Tope là !

Ce qui est normal : vous n’avez pas fait la poussière.

Vous ne l’avez jamais faite, ou du moins pas depuis la dernière visite de vos parents. Ne regardez pas sur les étagères du haut, surtout si vous êtes allergique.

Ce qui est normal : chez vous, il y a des réparations à faire, depuis bien plus longtemps que vous ne voulez l’admettre.

Mon fils aîné n’a jamais connu la douche de l’étage en état de fonctionnement. Il a quatre ans. Nous devons remplacer le carrelage, mais nous ne l’avons toujours pas fait. Je pensais être une aberration honteuse jusqu’à ce que je défie les normes de la bienséance pour en parler à d’autres mères. Deux d’entre elles ont admis avoir des salles de bains inutilisables. Une autre a parlé d’un balcon plein de trous. Une autre encore doit prévenir ses invités de ne pas utiliser les escaliers. Je vous salue, mes sœurs désordonnées.

Voilà, vous savez tout. Si votre demeure est impeccable, arrêtez de vous excuser, et sinon, arrêtez d’avoir honte, et recevez nos enfants de temps en temps, lorsqu’ils veulent jouer ensemble.

Nous sommes toutes dans la même galère. Je ne regarderai pas dans votre salle à manger si vous ne regardez pas dans la mienne.